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Le Mont-Blanc à la journée

Par Jeroen, le 02.09.14

Le Mont-Blanc, point culminant des alpes à près de 4810 mètres est parcouru chaque jour d'été par plus de 200 alpinistes ce qui pose un réel problème de surfréquentation. Les deux refuges de la voie normale, dite "du Gouter" sont surchargés. Même si la réservation est obligatoire, certaines nuits, faute de place, de nombreuses personnes dorment sur les tables voire à même le sol. Même dans un lit, une nuit là haut ne sera de toutes façon pas un moment très agréable, à moins d'aimer les ambiances type métro parisien aux heures de pointe.

Quelles sont les alternatives ?


Une première possibilité est simplement de renoncer à cet objectif. Il existe des dizaines d'autres 4000 tous aussi dignes d’intérêt que l'on peut parcourir sur itinéraires de toute beauté et surtout bien moins fréquentés.

Puisqu'il faut éviter la voie normale, une deuxième possibilité est de le tenter par une autre voie. Par les 3 Monts depuis le refuge des Cosmiques par exemple. Cette course est plus longue, à une altitude moyenne plus élevée et un peu plus difficile techniquement mais c'est une très belle alternative, moins fréquentée que la voie normale.

Puisqu'il faut éviter le Mont-Blanc en été, une autre possibilité et de le tenter à skis au printemps par les 3 monts ou par le milieu via le refuge des Grands Mulets. Certes il faut être (bon) skieur de randonnée, les journées sont plus courtes et il fait généralement plus froid mais il y a aussi moins de monde et la descente est... comment dire... incomparable.

Si décidément vous visez le Mont-Blanc en alpinisme par la voie normale du Gouter, pourquoi pas ne pas le tenter hors saison ? fin juin ou début septembre il y a généralement beaucoup moins de monde et les journées peuvent être encore très belles.

Les chances de réussite dépendent des conditions


Combien de personnes échouent leur mont-blanc à cause de mauvaises conditions ? Sur le toit de l’Europe le mauvais temps ou le vent rendent les choses très compliquées. La température ressentie chute drastiquement, l'équilibre est mis à mal par les rafales, la visibilité peut être réduite et la communication au niveau de la cordée n'est pas facilitée.

Pratiquer la montagne c'est avant tout savoir profiter des bonnes conditions. Pourquoi se mettre en danger, pourquoi en baver plus que de raison ? Autant mettre toutes les chances de son coté en guettant les bonnes conditions non ? Le problème est que c'est difficilement compatible avec une réservation en refuge 2 mois à l'avance : en été il est impossible de réserver les refuges bondés la veille pour le lendemain.

Le mont-blanc à la journée


Les conditions sont excellentes ? Pas de place au refuge ? Alors pourquoi ne pas le tenter dans la journée ? C'est certes plus exigeant qu'en deux jours mais ce n'est pas non plus réservé à des extra-terrestres : le record de l'ascension et de la descente du Mont-Blanc depuis Chamonix est d'à peu près 5 heures. Les extra-terrestres pourraient donc le réaliser au moins 2 fois dans une seule journée...

Envisager le Mont-Blanc à la journée nécessite quand même d'avoir une bonne expérience en haute montagne pour assurer sa sécurité, d'être en forme physiquement car le dénivelé est de fait plus important (sauf par les 3 monts) et qu'il s'agit de faire 2 journées en une. Il y a cependant de nombreux avantages :

- On peut vraiment limiter le poids du sac pour ne prendre que l'essentiel. Être plus léger c'est aussi être plus rapide et moins fatigué (sans sacrifier sa sécurité bien sûr).
- On règle le problème du mal des montagnes : les symptômes n'apparaissent généralement qu'après plusieurs heures passées en altitude : A la journée il n'a pas le temps de s'installer. Certes l'altitude fera toujours aussi mal car le corps n'y est pas acclimaté mais dormir en refuge n'y changerait rien, et pire même : la première nuit en altitude ne vous acclimate pas, elle ne fait que vous fatiguer.

Par quel itinéraire ?


Les deux itinéraires estivales classiques des 3 monts et du Gouter peuvent se faire à la journée. Pour les 3 monts cela impose de prendre la première benne de l'aiguille du Midi, soit 6h30 à Chamonix en été, pour un départ vers 7 heures de l'aiguille du Midi. Par cet itinéraire il faut compter +-7 heures pour rejoindre le sommet ce qui fait une arrivée vers 14 heures. A moins d'être vraiment en forme et de jouer la montre c'est trop juste pour espérer attraper le dernier train du Nid d'Aigle vers 16h30. Cela impose donc de rejoindre la vallée par ses propres moyens.

Par la voie normale du Gouter le premier train permet un départ du Nid d'Aigle vers 9 heures et il faut compter +-6 heures pour rejoindre le sommet. Encore une fois, à moins d'être très rapide, c'est encore trop juste pour espérer attraper le dernier train ce qui impose un retour en vallée par ses propres moyens.

Et si on gagnait quelques heures ?


En utilisant le train ou la benne on ne peut pas décoller tôt ce qui oblige non seulement à courir toute la journée sans être sûr de pouvoir prendre le dernier train, mais aussi à parcourir la montagne à des heures peu recommandées, sans parler de la chaleur. J'ai coutume de dire qu'en montagne les heures du matin ne sont jamais perdues et que ce sont même des heures de gagnées : il vaut mieux être une heure trop tôt qu'une heure trop tard.

Dans ces conditions on voit immédiatement le gros avantage qu'il y a à partir d'en bas : on peut décider librement de son heure de départ et ainsi gagner quelques heures sur la nuit. Même si le dénivelé est de fait plus important, on dispose de plus de temps, on peut donc se laisser plus de marge de sécurité et donc au final il y a moins de stress. De plus, les heures de marche de nuit ne sont pas fatigantes : il fait frais et on avale le dénivelé presque sans s'en rendre compte en contemplant les étoiles. En plus, partir d'en bas c'est propre et plus éthique non ?

Attention quand même !


Tenter le Mont-Blanc à la journée implique d'avoir de la marge, ce qui veut dire d'être en forme physiquement, de se connaitre sur les efforts de longue durée, de se connaitre face à l'altitude, d'avoir un minimum de matériel technique et de savoir s'en servir. Il ne s'agit pas d'apprendre à cramponner et à marcher en terrain alpin ce jour là.


Face Nord du Mont-Blanc


La grande et la petite bosse, passages obligés de la voie normale dite "du Gouter"


Royaume des rochers et de la glace


Sur l'arête finale

Mont-Blanc à la journée, le récit »

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