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Le manque de vigilance… une des principales causes d'accidents d’avalanches ?

Par ddaniel, le 13.12.11

Pratiquant depuis quarante ans le ski de randonnée, j’ai pu mesurer l’évolution des connaissances en nivologie et la qualité de leur vulgarisation ainsi que la grande évolution du matériel de recherche de victimes d’avalanches. La cordelette rouge, laissée à la traîne, n’était pas vraiment efficace !
Pourtant, il continue à y avoir un nombre important d’accidents, certains tragiques, d’autres sans conséquences, ces derniers n’étant pas toujours connus ni répertoriés.

Je suis maintenant convaincu que l'une des principales causes des accidents d’avalanches touchant les skieurs de randonnée mais également les raquettistes, les snowborders, les skieurs hors pistes, provient du manque de vigilance.

En effet, pour déjouer les pièges de la montagne enneigée, il faut toujours rester en alerte, avoir une attention constante et un sens de l’observation bien aiguisé.
Mais, c’est loin d’être le cas sur le terrain car :
- L’explosion de la pratique fait que l’on skie très rarement seul. L’abondance de traces conduit trop souvent à s’y fier sans discernement.
- Le fait de bien connaître un itinéraire, que l’on fait souvent, avec des partenaires fiables, incite à une baisse de la vigilance.
- La progression du niveau des skieurs et la qualité du matériel font oublier toutes considérations autres que la pente raide, la bonne neige et l’envie de se faire plaisir.
- La médiatisation des « exploits », pas toujours relativisés, sur les sites internet conduisent à penser que « si ça passe un jour, ça passe toujours ».
- La baisse, relative, de la pratique associative au profit de pratiques individuelles conduit, parfois, à une moins bonne transmission de l’expérience.
- La pratique consumériste du ski de randonnée héritée de celle pratiquée en station aggrave les risques d’accidents.

Comment toujours maintenir la vigilance ?


Un certain nombre de comportements devraient être la règle :


- Consulter régulièrement les bulletins nivo-météorologiques, et pas simplement le dernier. http://france.meteofrance.com/france/montagne?80095.path=montagnebulletinneige
- Préparer sa course en montagne. Il n’est pas concevable de participer à une sortie sans connaître des paramètres aussi importants que l'objectif, le niveau de difficulté ou d'engagement, le dénivelé, les itinéraires de repli. Cette connaissance de chacun participe à une meilleure prise de décision collective.
Les topos imprimés (par exemple http://www.volopress.net/volo/spip.php?rubrique3), les sites internet (http://www.skitour.fr, http://www.camptocamp.org/, http://www.bivouak.net, http://metaskirando.free.fr/ sont d'une grande utilité mais un coup de fil à une personne sur place n'est pas un luxe.
- Choisir l’itinéraire en fonction du niveau technique des participants mais aussi de leur condition physique. Attention au retard lorsque la nuit tombe vite !
- Constituer des groupes de 5 à 6 skieurs au maximum. Un grand groupe constitue un risque supplémentaire notamment par la surcharge du manteau neigeux, par le nombre d’ensevelis potentiels en cas d’accident mais également parce qu’il fait baisser la vigilance. Chaque skieur aura tendance à penser que le groupe va régler les problèmes à sa place.
- Faire un bilan de la course n'est pas inutile, surtout s'il y a eu des incidents.


Sur le terrain, adopter des attitudes de nature à développer la vigilance :


- Avoir une carte pour chaque participant n’est ni compliqué ni onéreux surtout avec la possibilité de les imprimer depuis des sites internet. http://www.visugpx.com/
- Regarder la carte avant de démarrer et régulièrement pendant la course oblige à observer, à se situer, à analyser le terrain en relation avec celle-ci. Cette pratique développe le « sens de l’itinéraire » qui n'est rien d'autre que le sens de l'observation.
- Avoir les Détecteurs de Victimes d’Avalanche (DVA) branchés et testés dès le départ.
- Marcher en gardant des distances doit être un réflexe. Il convient d’adapter la distance à la taille que couvrirait une éventuelle avalanche même si cela paraît exagéré. A proscrire à tout prix la musique dans les oreilles qui empêche d’entendre les consignes ou… le grondement d’une avalanche. En montagne on ne s’ennuie pas, il y a tant de choses à voir ! Et si on s'ennuie en ski de randonnée, il faut faire autre chose !
- Utiliser les méthodes d’aide à la décision (formule 3X3, méthode de réduction de Munter et leurs dérivés, Nivotest de Bolognesi...). Ce sont là des éléments qui obligent à observer autour de soi. Voir http://www.anena.org.
- « Critiquer », en permanence, la trace et ne pas hésiter à la refaire si on estime qu’elle n’est pas correcte. C'est un peu énervant pour celui qui trace mais très formateur pour tous. Encore faut-il que ceux qui suivent ne soient pas « à la ramasse ».
- A la descente, ne pas rechercher, sans réfléchir, les zones plus raides, plus poudreuses, plus valorisantes.

L’apprentissage


Le développement de la pratique, l’évolution du matériel, sa facilité d’utilisation, la généralisation des DVA ont tendance à laisser penser que « c’est facile, il suffit d’avoir une bonne forme et de savoir skier et qu’il n’y a rien à apprendre». C’est tout le contraire. Il faut apprendre à apprendre et à observer.
- Apprendre à utiliser le DVA et les techniques de recherche en avalanche et s’y entraîner régulièrement sans oublier que le DVA n’est qu’un outil qui donne une petite chance de s’en sortir si on a fait l’erreur de se faire prendre dans une avalanche !
- Apprendre à faire une bonne trace qui tient d’abord compte des risques d’avalanche. Une trace régulière, économique facilite les conversions en utilisant au mieux le terrain le moins exposé pour tourner.
A la descente, plus vite on skie, plus vite on risque d’être embarqué. Le plaisir du ski et la volonté d’épater viennent après la sécurité. Suivre la trace est important. Mais un bon niveau à ski est une sécurité supplémentaire.
- Il est indispensable de se documenter pour comprendre la nivologie en consultant livres et sites internet récents car les connaissances évoluent. Les topos-guides sur papier ou sur internet sont de précieuses sources d’informations. Sans oublier l’expérience des autres qui constitue une source de connaissances incontournable. Le site http://www.data-avalanche.org est une bonne source, constamment mise à jour, d'informations.
- La responsabilisation précoce des débutants représente un élément supplémentaire de sécurité. En ski de randonnée, la sécurité repose d'abord et presque uniquement sur chaque pratiquant. Parcourir la montagne, notamment enneigée, est compliqué. Pour l’apprendre un certain nombre d’outils peuvent aider : topos-guides, site internet, carte, boussole, altimètre, GPS, DVA, Airbag.

Je reste un partisan convaincu de la pratique associative tout en sachant que certaines associations maintiennent des pratiques peu responsabilisantes : groupes importants, disparates, « chef » qui décide sans expliquer, absence de formation aux outils.
Les responsables d’associations doivent prendre conscience de la nécessité absolue de former des pratiquants responsables et autonomes. Cet enjeu reste identique pour des pratiques entre copains ou avec un professionnel.

Et l’expérience ?


Les statistiques montrent que beaucoup de pratiquants chevronnés, professionnels y compris, sont impliqués dans des accidents d’avalanches. Peut-on pour autant en déduire que l’expérience ne sert à rien ? Ce qui est sûr, c’est que l'expérience ne doit pas conduire à la routine.
La nivologie est un domaine complexe dont la compréhension s’appuie à la fois sur la diversité des situations vécues et sur l’acquisition de connaissances théoriques.
L’enjeu n’est t-il pas d’acquérir de l’expérience pour maintenir en toutes circonstances un haut niveau de vigilance ?

Daniel Dupuis avec l'apport d'un certain nombre d'autres personnes ....

Commentaires

» ted, le 14.12.11
"A la descente, plus vite on skie, plus vite on risque d’être embarqué"

ça me paraît faux ! plus on skie vite, moins on reste dans la pente, et plus on a de chance de s'échapper si ça part. Et il me semble que des grandes courbes à mach2 fragilisent moins les couches fragiles que des petits virages appuyés...mais bon

» trekadept, le 15.12.11
Par expériences vécues avec l'auteur de l'article, et par expérience personnelle, je confirme la valeur objective des recommandations.
Skier vite à la descente, peut-être, mais vite seulement après la phase d'observation répétée à chaque arrêt ( quand on attend les copains ou quand les cuisses chauffent trop ! ) : on regarde au-dessus, au-dessous, là où on pense se laisse glisser ! vigilance jusqu'à ce qu'on ait rejoint la vallée , même dans les deniers replats qui passent peut-être sous des pentes ramollies !!!
skier et vivre longtemps semble assez attrayant !

» fred Bernard, le 15.12.11
Ne pas oublier que les zones glacières sont de plus en plus sèches jusqu'en milieu de saison et que préparer sa sortie d'un point de vue niveologique passe aussi par le fait de suivre de prêt l'état des glaiciers. Toujours remettre en question les traces est une règle de conduite importante à avoir quelque soit le terrain et sa nature.

» jamaissansmatete, le 15.12.11
en rando comme d'en autres activitées : port du crane obligatoir pour une longue pratique !

» Choucrouteman, le 16.12.11
Très intéressant résumé et merci pour les quelques liens, j'en ai découvert !
Anecdote amusante, j'ai fini hier soir la (première) lecture du livre http://boutique.anena.org/avalanches__connaitre_et_comprendre__p48441.html, très instructif.

» Bibi38, le 16.12.11
Bonjour,
Depuis les interventions de M.A Duclos, je vois fleurir sur les forums des préceptes de bonnes conduites. Pire des théories sur la solidité du manteau neigeux. Ubuesque !
La vigilance n'est elle pas le minimum requis pour la conduite ou le pédalo. Par pitié cessez, ça en devient ridicule.
A quand la méthodologie pour aller pisser sans mettre une goutte ni dans le caleçon ni sur le rebord du gogue !

» Mathieu Touchet, le 18.12.11
Excellent et/car synthétique et non-moralisateur. 100% d'accord : vigilance = première sécurité. Ecouter avec le plus d'acuité et de concentration la montagne et ses propres sens (la petite boule angoisse qui donne le feu vert ou le rouge selon). Reste le facteur chance ne pas se trouver au mauvais endroit au mauvais moment. Dans sa voiture sur la route ou au sein de ce paradis blanc. Bonne chance donc à tous et surtout longue vie de montagnard.

» saint Pierre, le 18.12.11
Avec ça, je n'aurai plus de client....sniff

» jkalis, le 22.12.11
L'article prend comme point de départ le "fait" qu'il aurait plus de problèmes qu'autrefois, mais sur quoi l'auteur se base-t-il ? Y'a-t-il réellement plus de morts par avalanches par an qu'il y a 15/20 ans ? De plus, le nombre de pratiquants ayant explosé, il faudrait mettre ce nombre de morts en relation avec le nombre de pratiquants, sinon cela n'a pas de sens !
Après, je ne dit pas que les randonneurs sont prudents, c'est juste que l'article gagnerait à être étayé avec des informations factuelles.

» Bledoux, le 02.01.12
Tu dis vrai jkalis.
Du reste, le nombre de victimes baisse depuis 2006.
Je suis même épaté par l'absence de victime au 01 janvier, alors que la nivologie de ces dernières semaines fut très mauvaise.

Bravo à tous pour votre sérieux !

» jls05, le 04.01.12
Un lien vers l'ANENA, et en particulier vers le programme de formation mis en place avec la FFCAM, eût été utile.

» k1200rs, le 07.01.12
A mon humble avis, cet article mélange beaucoup de choses et notamment des préceptes généraux relatifs à la sécurité en montagne (exemple: ayez une boussole, préparez votre itinéraire, etc) et quelques uns (relativement peu) relatifs aux avalanches.
Je suis aussi d'avis que dans cet article il n'y a rien de nouveau quant à prétendre qu'en étant vigilant j'éviterai une avalanche alors même que ce phénomène naturel est complexe et non prévisible (on peut au mieux estimer une plus haute probabilité...) et par inférence logique prétendre que ceux qui ont été pris dans une avalanche ont manqué de vigilance me semble abusif.

» François Gouy, le 08.01.12
Je ne suis pas d'accord avec le précédent commentaire : cet article est très bien fait, très complet, donne une bonne vue d'ensemble de l'état de l'art et surtout de la façon d'aborder la randonnée à skis.
Il rappelle surtout que c'est le "facteur humain" qui concourt très souvent temps aux accidents (et pas que d'avalanches) ce qui explique aussi pourquoi les habitués se font régulièrement avoir. Bref, savoir rester humble et que malgré toutes les connaissances que l'on peut avoir, il arrive régulièrement qu'on ne veuille pas tenir compte des signaux d'alerte à leur juste valeur pour diverses raisons... et pousser un peu au delà de la limite. Plus facile à dire qu'à faire, c'est l'objectif ultime, savoir rester lucide en toutes circonstances.

» Christian Duval, le 19.01.12
BRAVO, article très bien écrit, facile à lire et à comprendre.
En revenant sur quelques 53 ans de pratique, je pense pouvoir relier les cas où j'ai été confronté aux avalanches à un manque de vigilance. A 10 ans, donc peu de connaissance, si une avalanche m'a poursuivi, c'est le manque de vigilance de ceux qui m'avaient exposé. A 20 ans, secouriste, avec un moniteur, on a déclenché une coulée sous un télésiège par manque de précaution... A 62 ans, j'ai plus de connaissance et de méthodes qu'avant, mais c'est le manque de vigilance ou de réactivité que je crains le plus. J'espère rester vigilant et prendre les bonnes décisions pour faire des sorties plus sûres, plus variées, plus jolies. Bref pour profiter mieux et plus longtemps de la montagne. Ce que je nous souhaite à tous.

» uschko, le 12.02.12
je voudrais ajouter qu'en matière de vigilance, on ne parle pas ou très peu de la "lecture du paysage" : en effet, certains reliefs enneigés prennent une allure particulière que l'on peut suspecter avec un peu d'habitude (crêtes déneigées, fond de combe anormalement plat, reliefs orientés différemment du sens de la pente...) . Cette "lecture", rapportée à la compréhension des phénomènes observés peut nous renseigner sur la condition particulière du terrain où l'on évolue et sur son évolution récente. Peut-être une ficelle de plus ?

» samani, le 24.02.12
Enfin des propos sensés. la montagne hivernale n'est pas un piège mortel et imprévisible comme certains veulent le faire croire.

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