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Un jour là-haut

Par snowdrey, le 08.02.08

Nous posons nos spatules avant le lever du jour, le froid balaye les bruits et nous prenons la mesure de ce qui nous attend. S’il en est qui nous observe c’est qu’ils résident en ces lieux et se nomment écureuils ou lièvre variable ; de ces locaux que l’on aime voir traverser devant nous. Nos gestes matinaux sont réfléchis mais quasi instinctifs et nous nous étonnons de ce simple constat, il y a des matins où nous partons au travail et où malgré la routine tout semble brouillon ; aujourd’hui ce ne doit être que du plaisir…
Nous choisissons le silence au prix de l’effort, nous choisissons la surprise d’une nature qui s’éveille au prix de la sueur que nous dépensons pour elle.
Pour cette journée encore nous avons l’impression de faire partie de ce grand Tout, là où se mêle beauté et plaisir, loin , bien loin de la foule au forfait, de l’attente et du roulis des remontées. Nous prenons le pari de la séduction et comme à chaque fois la magie entre en scène.
Nul besoin de discours, ici c’est au rythme de nos enjambées glissantes que nos pensées se laissent aller, ce n’est pas tant la présence des uns et des autres que nous partageons, c’est plutôt le décor.
C’est d’abord le jour qui nous rend visite, il prend soin d’habiller de bleu les sommets enneigés qui nous entoure, le temps est clair et pour le moment c’est de cette couleur que se pare la clarté.
Tout se qui nous entoure a l’air de se réveiller et nous stoppons l’ascension à chaque bruit dont nous ne serions pas les auteurs des fois que ce soit le moment d’apparition d’un animal sauvage dont nous troublons la quiétude.
Mais voilà que très vite c’est au tour du soleil de faire son entrée, il lèche les cimes, les raies de lumière découpent le ciel, incroyable tout ceci c’est la vie, pas de cinéma, pas d’effets spéciaux, la nature fait son spectacle sans artifices. Les combes se dévoilent laissant paraître les itinéraires déjà empruntés.
Nous choisissons d’endurer la montée pour mieux nous délecter du spectacle, car les belles choses méritent toujours des efforts…si tout ce qui est facile devient banal alors continuons de multiplier les difficultés pour que chaque course ait son lot de gloire, pour que chaque sommet nous surprenne encore et pour qu’une fois la descente achevée nous puissions rêver du moment où nous reviendrons fouler les pentes de ces massifs.
Nous avons fait le plein de ce carburant non polluant qui se nomme plaisir pour les uns, contemplation ou goût de l’effort pour les autres. Nous avons fait le pari du partage tranquille parce que seuls les amoureux de la nature accepte de souffrir pour elle.
Lorsque le but est atteint voilà que plusieurs sentiments viennent se mêler, la satisfaction d’abord d’être arrivé au bout, voire au bout de soi parfois, la nostalgie de l’accomplissement puisque même si la descente reste à faire on se dit que cela est aussi synonyme de la fin, il va falloir redescendre vers ce que nous avons sciemment laissé derrière nous. Mais c’est aussi ici que tout se pose, nos corps récupèrent de la montée, nos cœurs retrouvent un rythme quasi normal, rythmée par cette musique naturelle qui nous entoure, alors ici seulement les choses prennent une saveur particulière. Tout ceux qui connaissent ce moment là s’accordent à dire que même les aliments n’ont pas le même goût qu’en bas, le thé réchauffe davantage, le saucisson se partage aussi avec une saveur différente, cela s’appelle peut-être le chauvinisme de la montagne, mais c’est tellement bon.
Nous redescendons toujours meilleurs, convaincu que l’essentiel est ici et qu’à force d’émerveillement nous construisons la préservation.
Nous redescendons avec l’espoir de mettre nos enfants sur ces mêmes traces que nous avons suivi, pour que leurs yeux s’illuminent comme les nôtres.
Parce que nous rêvons que la neige ne soit pas un jour un vague souvenir comme l’un de ces contes que l’on raconte au coin d’un feu à des têtes blondes qui nous croient venus d’un autre temps. C’est aussi cela, le randonneur à ski, un doux rêveur qui s’impatiente des premiers flocons, qui espère chaque année que les massifs s’habillent de blanc.
Nous caressons l’espoir que nos hivers rempliront leurs fonctions encore longtemps, qu’ils marqueront sans faire faux bon le temps du repos de la nature.
C’est parce que nous ne pouvons imaginer que nos sorties hivernales soient autre que nous prenons soin d’affûter les cares avant la saison, farter les planches, consulter les topos, aller s’endormir en rêvant d’arrêter d’écrire sur ces pentes enneigées parce que tout simplement on est trop occupé à arpenter…. Tout simplement cela, être trop occupé à être la tête dans les nuages, des flocons pleins la tête et continuer de se dire que nous sommes vraiment tout petit face à tout cela, et glisser, glisser encore, pour lisser nos vies.


Dans le cadre du concours "la plus belle plume"


Commentaires

» Nils, le 11.02.08
voila une très jolie plume, la plus belle ? ;-) pourquoi ne pas s'etre inscrit au concours avec un talent comme le tiens ?

» snowdrey, le 11.02.08
j'ai écrit cela pour le concours mais je ne l'ai peut être pas posté au bon endroit, j'avais pourtant noté que c'était dans le cadre de la plus belle plume.
Jeroen au secours !!! lol
En tout cas merci pour le compliment.

» agnes, le 12.02.08
C'est tout a fait ca! Parfait!

» Jeroen, le 13.02.08
L'article est validé, il concourra avec les autres. Merci.

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